Notre métier, c’est avant tout préserver le patrimoine dans la durée
Comptabilité, technique, droit, assurances, travaux, relations humaines… Le syndic mobilise de nombreuses compétences. Pour Florence Pellat, qui exerce ce métier depuis plus de trente ans, une qualité les réunit : la rigueur.
Il y a quatre ans, elle a créé son propre cabinet, Immobilier en Chablais, avec son associé, Thomas Zérosio, par attachement à leur indépendance et à leur liberté d’exercer. À la tête d’une structure à taille humaine, elle défend une gestion fondée sur la proximité, la confiance et l’anticipation, dans un contexte de rénovation du bâti et d’exigences réglementaires croissantes.
Rencontre avec Florence Pellat, professionnelle de l’immobilier et adhérente de la FNAIM Savoie Mont Blanc.

Pourquoi avoir créé votre propre cabinet ?
Nous l’avons créé il y a quatre ans avec mon associé, avec qui je travaillais déjà. Nous avons tous les deux une longue expérience de l’immobilier ; pour ma part, cela fait plus de trente ans que j’exerce dans le syndic.
Nous sommes très attachés à notre indépendance. Créer notre propre agence était une manière de conserver notre liberté de décision et d’exercer le métier selon nos convictions, au plus près de nos clients. Nous avons choisi une structure à taille humaine, qui favorise le contact direct et les relations durables.
Nous exerçons trois activités : syndic, location et transaction. Le syndic reste notre métier principal, mais la confiance construite avec les copropriétaires crée naturellement des passerelles entre ces activités. Cette proximité est aussi ce qui permet à un copropriétaire de se tourner vers nous pour louer ou vendre son bien : il nous connaît déjà et sait comment nous travaillons.
Quelle qualité est indispensable pour exercer le métier de syndic ?
La rigueur, sans hésitation. Nous suivons simultanément des sujets comptables, juridiques, techniques et administratifs. Sans méthode ni organisation, on peut vite être débordé. Mais cette rigueur doit s’accompagner d’écoute, de pédagogie et de recul, notamment lorsque des tensions apparaissent. La technique et la relation humaine sont indissociables.
Comment définiriez-vous le rôle du syndic ?
Notre mission première est de préserver et d’entretenir le patrimoine des copropriétaires. Cela suppose de gérer les comptes, les contrats, les sinistres, les travaux et de nombreux aspects réglementaires. Une grande partie de ce travail est invisible : derrière un immeuble bien entretenu, il y a beaucoup d’anticipation et de coordination. Le public nous voit parfois surtout comme ceux qui appellent les charges ou rappellent les règles, alors que le suivi quotidien d’un immeuble est beaucoup plus vaste.
Le syndic accompagne aussi un collectif de personnes dont les priorités ne sont pas toujours les mêmes. Il doit expliquer les enjeux et aider les copropriétaires à prendre des décisions dans l’intérêt de leur immeuble.
Comment construisez-vous une relation de confiance avec les copropriétaires ?
J’échange beaucoup avec les conseils syndicaux. Lorsque la confiance est installée, nous pouvons hiérarchiser les priorités et bâtir un programme cohérent. Présenter cinq années de travaux à voter d’un seul coup risque de bloquer les décisions. Il faut au contraire avancer progressivement. Il faut savoir distinguer les urgences des interventions qui peuvent attendre, puis donner une direction claire pour que chacun comprenne où l’on va.
La stabilité du gestionnaire compte énormément. Connaître l’histoire d’un immeuble, ses copropriétaires et ses dossiers permet d’accompagner la copropriété sur le long terme. Au cours de ma carrière, j’ai d’ailleurs très rarement quitté une copropriété.
Comment votre métier a-t-il évolué ?
Il s’est beaucoup complexifié. Les nouvelles obligations réglementaires demandent une mise à jour permanente de nos connaissances et un important travail de préparation. Le numérique a aussi transformé nos pratiques et nos échanges avec les copropriétaires. Ces évolutions peuvent améliorer la transparence et permettre d’anticiper l’avenir des immeubles, mais leur mise en œuvre représente une charge importante pour les cabinets.
Demain, l’intelligence artificielle pourra sans doute automatiser certaines tâches. L’essentiel sera de consacrer le temps ainsi gagné à notre véritable valeur ajoutée : conseiller, expliquer et échanger.
La pédagogie est-elle devenue essentielle ?
Absolument. Face à un sujet technique ou réglementaire, il faut se mettre à la place du copropriétaire qui le découvre : expliquer pourquoi il se présente, quelles solutions existent et quelles seront les conséquences de la décision. Notre rôle ne consiste pas simplement à transmettre une information : nous devons nous assurer qu’elle est comprise et qu’elle aide réellement à décider.
Je prépare beaucoup les dossiers avec les conseils syndicaux en amont. Lorsqu’ils ont pu poser leurs questions et comprendre les enjeux, les échanges en assemblée générale sont beaucoup plus constructifs.
Quels travaux mobilisent aujourd’hui les copropriétés que vous accompagnez ?
Nous avons notamment d’importants dossiers de toitures et de chaufferies. Certains immeubles construits dans les années 1980 ou 1990 ont connu peu de travaux lourds pendant vingt ou trente ans. Les équipements arrivent alors en fin de vie presque simultanément.
Notre rôle est d’éviter cette accumulation en encourageant une vision à plusieurs années. Il est plus facile d’investir régulièrement que de devoir financer plusieurs chantiers importants en même temps. C’est un travail de fond, parfois moins visible que la gestion des urgences, mais décisif pour la conservation d’un immeuble.
La rénovation énergétique renforce-t-elle ce besoin d’anticipation ?
Oui. Les projets de plans pluriannuels de travaux nécessitent de rassembler des données techniques, de coordonner les bureaux d’études et d’expliquer les résultats aux copropriétaires. Puis vient la question du financement, parfois difficile lorsque les montants sont élevés. Ce sont des démarches qui demandent du temps, depuis la préparation des visites jusqu’à la présentation des conclusions.
Plutôt que de ne rien faire, je préfère rechercher avec eux une trajectoire réaliste : avancer par étapes, programmer les interventions et conserver une vision à long terme du patrimoine.
Les copropriétés de montagne ont-elles leurs particularités ?
Oui, c’est une gestion différente. Les résidences comptent souvent de nombreux propriétaires de résidences secondaires, présents surtout pendant les vacances. Leurs usages et leurs préoccupations diffèrent de ceux des occupants à l’année. La disponibilité des copropriétaires pendant l’année influe notamment sur la façon d’organiser les échanges et d’anticiper les décisions.
Il faut aussi pouvoir mobiliser des entreprises en station. Les artisans sont très sollicités dans les vallées et les déplacements deviennent plus complexes en hiver. Disposer d’un réseau local de partenaires fiables est donc essentiel.
Quel projet illustre particulièrement votre vision du métier ?
Je pense à une copropriété d’une vingtaine d’appartements au bord du lac Léman, que j’ai accompagnée chez mon précédent employeur. Ce bâtiment des années 1980, situé les pieds dans l’eau, avait besoin d’une rénovation globale.
Nous avons préparé le projet longtemps à l’avance, notamment sur le plan financier, car les montants étaient importants pour les copropriétaires. Dans le même temps, la commune a aménagé une promenade piétonne le long du lac, à laquelle une petite partie du terrain a été rétrocédée.
Aujourd’hui, la résidence rénovée s’intègre dans ce littoral revalorisé. Les copropriétaires sont ravis : c’est une illustration très concrète de la préservation du patrimoine.
Comment voyez-vous l’avenir du métier ?
Le numérique et la spécialisation vont continuer à le transformer, mais il faudra préserver la proximité, la connaissance du terrain et la continuité. Même dans une petite copropriété, il faut organiser les décisions et faire avancer les dossiers autour d’un patrimoine commun. La diversité des sujets constitue l’une des grandes richesses de cette activité, à condition de conserver du temps pour les échanges humains.
J’aimerais que davantage de jeunes découvrent ce métier. Il est exigeant, certes, mais aussi passionnant, utile et profondément humain.
Pourquoi avoir adhéré à la FNAIM Savoie Mont Blanc ?
Nous avions déjà travaillé dans une structure adhérente. En créant notre entreprise, appartenir à une organisation qui représente et défend notre profession a pris encore plus de sens. La FNAIM nous apporte des formations, de la documentation et des ressources utiles au quotidien.
Et puis il y a le « carré jaune ». À l’ouverture, notre agence se trouvait au deuxième étage d’un bâtiment en zone artisanale, sans passage devant la vitrine. Pourtant, des personnes nous disaient avoir repéré le carré jaune et compris qu’une agence immobilière était installée ici. C’est une marque connue, qui identifie le professionnel et rassure.

